Le cahier des poésies chez Asphodèle. Leo Larguier

Il se trouve parfois des stades ou des écoles Leo Larguier. Sait-on encore pourquoi ? Qui ? Je passais devant, moi en tout cas, ignorante. Jusqu’à ce que….

Découvert sur un vide grenier, un recueil, poli, usé, jauni, de quatrains entrecoupés de feuilles à la plume. Parfaits à déguster les soirs d’été, dans les longues ombres dessinées par les hirondelles sur la cour.

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Printemps, n’êtes vous beaux qu’à la fin des automnes
Pour croire au paradis faut-il  qu’il soit perdu ?
Heureux qui sait goùter les bonheurs monotones
et l’insipide fruit qui ,n’est pas défendu !

Tout le jour t’a déçu ? Voici le banc, écoute,
T’asseyant là, les mains à plat sur tes genoux,
ne songe plus à toi….Le soir se met en route
Ne lui demande rien que d’être triste et doux.

On doit quand on vieillit, de sa bibliothèque
Tirer de temps en temps,  lire selon le jour,
la Fontaine, Hippocrate, Épicure, Sénèque,
Montaigne, Don Quichotte, Horace tour à tour.

Peu d’honneur, peu d’argent, peu d’amis, peu sans doute
D’amour et trop souvent de soucis accablé
Mais tu sais à présent que s’achève la route,
Et que tombe le soir, de quoi tu fus comblé….




Et voilà, tout un recueil, de quatrain en quatrain pas tous aussi doux-amers, mais ceux-ci s’accordent bien à mon humeur de ces temps-ci, j’espère qu’ils vous plairont.

 

Agenda ironique de Juin-Beatae memoriae

L’agenda ironique persiste et signe, il est et restera ironique et baladeur. Si le mois dernier un pont suspendu a monopolisé la tension des haubans de nos neurones, ce mois-ci ADLLN a tapé fort sur nos citrouilles de sa baguette magique pour en faire sortir des textes aussi tarabiscotés que ses collages.  Abracadabra a-t-elle dit et après moult circonvolutions, j’avoue que la gestation fut difficile. Mais …comme elle le dit elle-même : on l’a voulu, on l’a eu, et on en est bien contents !

Beatæ memoriæ*

 

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C’est à…faubourg de…dans les jardins de…

Tu permettras lecteur intrigué que je ne t’en dise pas plus, car une partie de ce récit est autobiographique. (l’autre non)

Il fallait, il ne fallait pas, et toute la famille se le tenant pour dit se tenait à carreau. La maison aurait pu être bâtie sur un nœud tellurique, l’ambiance n’en aurait pas été plus explosive pour autant . Il avait bien été tenté de pallier cette atmosphère en affublant chacun de nous d’un révocable de fleur mais la volonté cannibale de chacun faisait se dégager du  bouquet un étrange mélange volatil et térébrant qui n’aurait pas tenu sur une étagère* et  perdurait même sur les photos où mère, le foulard sur la tête, posait entourée de  tous y compris des inévitables fantômes de chaque réunion de famille satisfaisante.

Le prénom de notre aînée, Rose*,  le plus classique d’entre tous témoignait anecdotiquement  d’une tentative de concilier l’inconciliable, c’est-à-dire se fondre dans le troupeau sans le suivre ni le mener. Précisons qu’au départ le nom prévu était Ronce mais l’officier d’état civil apitoyé avait refusé d’inscrire l’enfant sous ce vocable à particularité désobligeante. Même si Rose avait des épines ! Ses cheveux hérissés, lissés sous un foulard d’imitation, témoignait de son ardeur à se rebeller contre toute forme d’autorité fut-elle légitime. Toujours un pied en l’air,  sautillante et gourmande jusqu’à l’extrême, elle se heurta aux barbelés érigés aux limites du jardin public, préférant apparemment drageonner dans l’herbe toujours bien jaune du voisin plutôt que dans notre salon carré et verdoyant, elle fut pour nous tous l’exemple à ne pas suivre, celui de la liberté. Il  ne  restait plus aux autres qu’à fourbir leurs propres armes contre le mimétisme évolutionniste.

Dans la foulée, Spathiphyllum fit sensation en n’en faisant pas. Docile et bien lunée, lunaire pourrait-on dire, née coiffée, sans lutte autres qu’intestines, elle ne faillit pas mourir pour ne pas se faire remarquer. .. Se plaisant dans l’ombre humide et opaque des sous verre, aucun vent ne venant froisser ses inflorescences crémeuses et inodores, seuls certains d’entre nous pour s’y être risqué savaient le pouvoir acide et vénéneux de certains de ses fruits à l’apparence inoffensive et nourrissante.

Euphorbe aurait pu naître le dernier de la triade vainqueuse. Niquedouille suintante, proliférant sur la masse d’instruction contradictoire en décomposition que lui léguait ses aînés, il la refusa en bloc, disciple de soi-même au dernier degré. Boule de billard de buis lancée à pleine vitesse dans des jeux déjà engagés, il fut le praliné ajouté à la noisette, le métronome ne sachant pas trouver la mesure,  il attirait comme un aimant les papillons qui venaient se poser à son encolure lui donnant un air de gentilhomme qu’il n’était pas.

Voilà ! La scène était en place. Les nuages se congestionnaient, étaient-ce des cumulus enclins à bourgeonner, des altocumulus trop hauts pour menacer quiconque, des stratocumulus  s’amoncelant en couches de réservoir d’orages inopinés, qui copiait quoi, qui déniait qui ? Les fantômes déjà frappant sur les étages supérieurs agiraient sur les évolutions postérieures (et parfois endolories !). Il Restait tout de même une réserve de dénomination végétative importante qui attendait frémissante d’être exhumée avant que de saturer l’ambiance ! Par la suite nous faisions des simulacres de conférences sur ce qui aurait pu arriver si ! des U-nonymies appelions nous ça !

Le temps passa comme il passe d’habitude et s’évapora. Les photos sont cependant de formidables  réservoirs d’odeurs. Un nénufar phagocyta  un certain temps certains d’entre nous  mais mis à mal par la reconnaissance de Boris Vian, disparut sans laisser d’autre trace qu’une certitude absolue que la triangulation était la résistance incarnée à toute forme de malveillance fut-elle bacillaire.

Puis Sensitive fit son apparition, fragile, se repliant au moindre contact, monopolisant les soins attentifs; le jardin devenait bien petit pour ne pas devenir une serre de remugles, une transplantation fut prévue. On pourrait jouer enfin aux quatre coins. Tous les plans étaient faits. Sauf que ! En route une cinquième roue de charrette fit devenir l’espace rentable. La quadrature du cercle découvrit l’art du quinconce.  Nommée Glaïeul en hommage aux ancêtres disparus, Glaïeul bénéficia de tuteurs nombreux et impatients de former son indépendance qu’elle ne réclamait absolument pas. Il est d’étrange soir où les fleurs ont une âme* elle effondra gracieusement sa corolle dans la gadoue lors de la disparition des dits tuteurs absorbés par la création de leurs bouquets propres. L’odeur de la glèbe tenace remplaça longtemps celle des géométries variables et longtemps Glaïeul eut la gerbe. Mais peu à peu les carreaux prirent une couleur plus riche, était-ce donc l’effet du soleil couchant sur les grèves * ?



  • Beatae mémoriae : Aux souvenirs heureux.
  • « Et d’étrange fleurs sur des étagères » dans la mort des amants de Charles Baudelaire
  • « Il est d’étranges soirs où les fleurs ont une âme » dans il est d’étranges soir d’Albert Samain
  • Soleils couchant de Paul Verlaine

Jeudi poésie- Jacques Ferlay-Vieillir est un jeu d’enfant

Comme vous le savez si  le lundi c’est ravioli, le jeudi lui est consacré à la poésie ! Je réservais depuis quelque temps la dégustation d’un recueil de Jacques Ferlay que j’avais découvert sur le salon du livre de Paris au stand de l’Amorié : Vieillir est un jeu d’enfant. Je ne m’en lasse pas…Par des suites de haïkus, l’auteur nous emmène de réflexion poétique en réflexion humoristique à  la découverte de l’âge. En honneur de Martine qui inaugure son cahier poésie ce jeudi, je vous laisse découvrir le délice des mots de Jacques Ferlay. Un extrait de Andiamo, éloge de la marche. Je précise que les photos, que j’ai trouvé appropriées, ne sont pas de moi.

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Marche quotidienne

les asservis t’imaginent

comme une habitude.

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Traversant les choses

sans y perdre ma substance

j’avance et je suis

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J’ai pouvoir sur vous

pieds que j’enchaîne au chemin

votre jour viendra

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A pas menus

accompagner l’enfance

du petit jour

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c’est héréditaire

je viens de Néandertal

et j’en viens à pieds

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Pendant que je marche

l’écriture à mon insu

enfin se libère

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J’ose dérailler

j’ai  tant de gares en moi

jamais desservies….

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J’ai longtemps marché

bien avant moi les soucis

se sont épuisés…

***

 

L’an dernier. Anniversaire !

L’an dernier à cette même époque nous étions dans une bulle ! Oui, monsieur, Oui, madame, une bulle une vraie, transparente et tout et tout, volant dans l’intersidérale nuit avec les étoiles et les comètes.

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Et dans le silence reposant des vallées cévenoles, tandis que sous l’arche du pont, la rivière bruissait doucement,

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les mouvements de la nuit prenaient une couleur mystérieuse et magique !

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Bon d’accord il ne faut pas compter faire trop la grasse matinée dans ces conditions, mais comme nous n’avions pas osé faire des choses crapouilleuses (chut la lune nous regardait) nous étions en pleine forme pour regarder jaillir les premiers rais du soleil au ras de la cime des pins dans la brume !

Bon anniversaire d’anniversaire mon chéri !

 

Les jeudis d’Asphodèle-Porte-bonheur

Voici revenu le jeudi où Dame Asphodèle nous tend la plume. Le mois prochain notre turbulente  Martine prendra l’intérim .

Logo des jeudis poésie pour ceux qui écrivent...

Nous avions le choix pour ce jeudi entre présenter un poème d’un de nos auteurs fétiches ou un de nos propres écrits. Alors je vous offre un porte-bonheur, à tous bien sûr mais surtout à notre chère Dame Asphodèle, en attendant des jours meilleurs.





Porte-bonheur

 

 

 

 

Elena Ferrante-L’amie prodigieuse

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Désolée les amis de vous avoir abandonnés sans nouvelle ces derniers jours mais comme l’écrit si bien Asphodèle, j’étais tombée dans une faille spatio-temporelle. Je me promenais dans les années soixante à la suite de Elena dans la banlieue turbulente de Naples.

J’avais noté sur le blog de l’un d’entre vous (lequel ?? bonne question, je ne note jamais où..) le nom d’Eléna Ferrante et lorsque mon regard s’est arrêté sur la couverture de son livre dans ma petite librairie, je l’ai acheté immédiatement et je l’ai ouvert. Malheur, il avait une fin !…et une suite que je me suis empressée d’acquérir aussi. Quelques mille pages, dévorées, englouties…si vite !

J’ai fait un voyage en 1975 à Naples, j’étais donc une toute jeune fille et mon père qui n’était pas Italien, dans les rues m’obligeait à marcher entre mon frère et lui pour éviter les problèmes ! J’ai toujours pensé qu’il exagérait un peu. Il semble bien que non. Les deux tomes du livre d’Elena Ferrante : « L’amie prodigieuse » et  « Le nouveau nom » nous emmènent sur les traces de deux amies, deux gamines des quartiers pauvres de Naples. Elena qui raconte l’histoire et Lila, élevées à la dure entre crasse et baffe, remarquées pour leur intelligence par leurs professeurs, et dont l’une va travailler d’arrache-pied à l’école ne voyant que les études pour s’en sortir et l’autre peut-être plus brillante ou plus sensible va choisir une autre voie. L’histoire très romanesque en apparence a le souffle des grandes sagas. Cela faisait longtemps que je n’avais pas retrouvé ce goût de lire jusqu’à une heure avancée de la nuit, emportée de chapitre en chapitre au-delà de la raison.

Le fond est sombre entre camorra, pauvreté, crime et sort fait aux femmes mais le style ébouriffant nous fait passer sans aucune difficulté d’un italien élégant au machouilli du patois Napolitain, la traduction excellente d’Elsa Damien ne doit pas y être pour rien. L’analyse psychologique du rapport à l’autre est très fine et j’ai bien cru me reconnaître dans Elena et parfois dans Lila, cette impression qu’en dépit tout ce que l’on entreprend on ne peut pas sortir de son milieu, ce sentiment de devoir batailler coûte que coûte pour s’en sortir et puis le rôle du hasard et de la volonté dans ce déterminisme. Cette volonté farouche dont fait preuve Elena, dont on ne sait encore si elle parviendra vraiment à se trouver sans renoncer à une part d’elle-même, et si on souhaite qu’elle se détache de cette Lila qui parfois l’entraîne vers le bas et parfois au contraire lui permet de se dépasser, Lila entre ivresse de la révolte et soumission dédaigneuse, ces limites des enfants précoces.

Car c’est aussi de cela dont nous parle Elena Ferrante, de  cette amitié nouée dans l’enfance, on ne sait pourquoi, à travers quels mystères et qui, au fil des années,  à travers aléas et réussites, jalousie, compétition et solidarité , va perdurer.

Inutile de vous dire que j’attends déjà la suite avec impatience !

Agenda ironique de mai-En attendant le prochain pont…

L’agenda ironique de mai, prenant la place logiquement de celui d’avril qui ne s’est pas découvert d’un fil, nous invite à attendre les ponts; bon j’ai plus l’habitude d’attendre les trains, mais on va faire c’qu’on pont, euh, c’qu’on peut !




 




Il  faut que je vous raconte quelque chose.

Je viens d’un petit pays dans les montagnes du temps où il n’existait pas encore de frontière bien précises. Juste des montagnes blanches, très hautes qui paraissaient infranchissables et des vallées creuses, très creuses, où glissait une eau glacée et sombre.

Je ne vous dirai pas le nom du village, qui ne vous évoquerait rien,  mais je peux vous dire que les premières gens qui avaient décidé de s’installer ici avaient vraiment du cœur au ventre, où alors étaient tellement poussés par le désespoir qu’ayant trouvé ce petit  morceau de rocher du bon côté de la montagne, ils s’y étaient cramponnés comme des moules et ne l’avaient plus quitté.

Ils avaient gratté un peu de terre à gauche, un peu de terre à droite, avaient taillé la pierre de leur massettes et un semblant de village était né, isolé du monde les trois quarts de l’année, le reste du temps les garçons en manque de connaissances et rendus fous par les étés, escaladaient ravins et ravines et bravaient tous les dangers pour aller chercher ailleurs des jeunesses avec de profondes fossettes et des yeux brûlant à faire fondre le cœur des familles au milieu desquelles elles allaient s’implanter. Au cours de leur quête certains chutaient dans les torrents grossis des fontes d’été, mais la plupart revenaient bien décidés à ne jamais repartir. Bref, le village prospéra et les gens y vivaient heureux. Mais les bambins qui naissaient de ce bonheur avaient bien peu d’espace pour exercer leurs jeunes forces malhabiles.

Les jeunes gens ramenaient aussi des idées nouvelles et un certain hardi, soutint un jour l’idée que l’on pouvait  jeter un pont par-dessus les eaux rugissantes et que l’espace gagné de l’autre côté du gouffre serait autant de bonne terre où le village pourrait s’étendre. Une seule arche suffirait tant le canyon était étroit. Chacun prêta son concours au projet, et mis bout à bout, courage, solidarité et endurance vinrent à établir un pont et en effet les gamins purent gambader à leur aise de part et d’autre en entendant sous leurs pieds les eaux grondantes de fureur d’être ainsi dominées.

Les terres de l’autre côté étaient fertiles et bientôt les souvenirs des temps difficiles où les anciens étaient venus s’installer sur des terres déshéritées ne survécurent que dans les récits des quelques grand-mères édentées mais comme chacun sait, les vieilles femmes inventent souvent des histoires pour meubler les longues soirées…

Alors l’oubli vint peu à peu. Les habitations coquettes attiraient souvent de pauvres hères pensant trouver là de quoi  gagner le pain de quelques jours. Et il faut bien dire que au début personne ne le leur refusait. Mais petit à petit chacun ferma sa porte plus précautionneusement, et l’on attacha les chiens devant les granges pleines de bon foin où il aurait été vite fait de mettre le feu en allumant une cigarette.

Jusqu’au jour où grelottant sans un abri pour passer la nuit, une nuit de bise sous les étoiles glacées, un traîne-savate arracha une latte du pont pour se faire un feu auprès duquel se réchauffer un peu.

Certains accusèrent le mauvais sort, d’autres l’avarice, certains se turent de peur de dire des bêtises, mais  le lendemain était justement le jour du mariage du fils du hardi qui le premier avait réussi à franchir le précipice pour établir la base du pont. Et lorsque les gens passèrent en foule et dansant sur les planches, celui-ci s’écroula entraînant dans l’épouvante la moitié du village, laissant les autres de part et d’autre de l’abîme se tendre des bras désespérés.