Marceline Desbordes-Valmore. Lettre de femme.

Participation aux Jeudi poésie de Dame Asphodèle

chromo oiseau couronné ana-rosa(1)

 



Si je vous raconte  par quels chemins étranges j’en suis venue à vous faire partager ce poème de cet auteur, peut-être en serez-vous un peu étonnés. Je vais donc vous laisser lire, déguster, relire sans doute un peu, ces vers délicieux d’une auteur dont je me sens très proche par la sensibilité.

marceline desbordes valmore

Extraits d’écritures manuscrites illustrées de fleurs séchées

 

Lettre de femme

 

Les femmes, je le sais, ne doivent pas écrire ;
J’écris pourtant,
Afin que dans mon coeur au loin tu puisses lire
Comme en partant.

Je ne tracerai rien qui ne soit dans toi-même
Beaucoup plus beau :
Mais le mot cent fois dit, venant de ce qu’on aime,
Semble nouveau.

Qu’il te porte au bonheur ! Moi, je reste à l’attendre,
Bien que, là-bas,
Je sens que je m’en vais, pour voir et pour entendre
Errer tes pas.

Ne te détourne point s’il passe une hirondelle
Par le chemin,
Car je crois que c’est moi qui passerai, fidèle,
Toucher ta main.

Tu t’en vas, tout s’en va ! Tout se met en voyage,
Lumière et fleurs,
Le bel été te suit, me laissant à l’orage,
Lourde de pleurs.

Mais si l’on ne vit plus que d’espoir et d’alarmes,
Cessant de voir,
Partageons pour le mieux : moi, je retiens les larmes,
Garde l’espoir.

Non, je ne voudrais pas, tant je te suis unie,
Te voir souffrir :
Souhaiter la douleur à sa moitié bénie,
C’est se haïr.

 

Marceline Desbordes -Valmore

 

(1786-1859)

 

J’ajouterai juste en commentaire que dans ce poème quoique tragique, l’auteur arrive à faire naître une émotion qui n’est pas de la tristesse mais de l’exaltation. C’est assez singulier à lire et une véritable prouesse. Les images véritablement lumineuses nous emmènent à la suite de l’être cher, certains mots en relief lui sont dédiés par un rythme très léger et presque dansant en contrepoint d’une peine ressentie, que l’auteur dès la première ligne nous invite à dédaigner :

« Les femmes je le sais ne doivent pas écrire… » Grosso modo « ne faites pas attention à moi » Elle insiste même à la seconde strophe, « Je ne tracerai rien qui ne soit dans toi-même beaucoup plus beau »

Et ça marche ! On néglige le premier sentiment, on suit le soleil, l’aventure d’un pas léger, oubliant celle qui reste et qui ne pense qu’à « lui ».

JPEG - 56 ko

Auteur reconnue par les plus grands, Balzac, Hugo, Sainte-Beuve, Baudelaire, icone du romantisme et à la source même de certains maîtres de la rime,  Rimbaud et Verlaine, j’aime à croire qu’elle a croisé dans les rues de Douai où elle est née et où son père était cabaretier un de mes ancêtres. J’en serais vraiment très honorée.



Et un tout petit peu en retard j’en profite pour dédier ce poème à mon Chéri-chéri, mon moitié béni, pour la saint Valentin.


 


 

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15 réflexions sur “Marceline Desbordes-Valmore. Lettre de femme.

  1. dimdamdom592013 dit :

    Dommage tu aurais pu participer à mon défi « lettre de la Saint-Valentin » sur mon annuaire 😉 Le but était d’écrire une lettre de Saint-Valentin avec des mots imposés chez moi cela donnait ceci : http://dimdamdom59.apln-blog.fr/2015/02/20/jai-probleme-crois-bien-maime/
    Bises Monesille.
    Domi.
    ps : ton poème me parle sauf que moi je ne le pleure pas mon Valentin 😉 mais je n’en rigole pas non plus 😦 il est des étapes dans la vie difficiles où il ne faut surtout pas regarder en arrière 😉

    • monesille dit :

      Mais je ne pleure pas du tout mon Valentin qui est bien là où il est c’est à dire près de moi. Et il est des périodes dans la vie où il est très bon de ne plus avoir à regarder en arrière. Tu verras !
      Bises

  2. Valentyne dit :

    Très doux et évocateur
    Je ne l’avais pas ressenti comme tragique à la première lecture … À la deuxième si …

  3. soene dit :

    Cette Marceline n’arrête pas de nous surprendre, au fil de nos découvertes de ses poèmes.
    Elle a séjourné à Lyon également et à la Croix Rousse il y a un petit jardin adorable, coincé au milieu d’une rue, qui porte son nom.
    On en parle souvent de cette Poétesse, elle le vaut bien 😆
    Bises de Lyon

  4. jacou dit :

    Poème qui trouve un écho en moi.

  5. Asphodèle dit :

    J’aime beaucoup cette poétesse que j’ai beaucoup lue ! Soène aussi, je me souviens qu’au début des jeudis poésie, elle nous en mettait un de « sa Marceline » très souvent, il a fallu que je lui dise de varier les plaisirs !!! 😆 Mais on ne s’en lasse pas ! Elle est classique dans le style XIXème mais si moderne dans sa réflexion !

    • monesille dit :

      Oui, j’ai vu en feuilletant ton blog que Soene en avait mis aussi, mais le choix étant si difficile entre les auteurs et les poèmes que l’on aime, que je vais m’en tenir à mon ordre alphabétique, là j’en suis don à D; Curieuse façon de faire mais ça permet en effet de ne pas tourner en rond (où alors très lentement puisque le D ne reviendra que dans 26 plumes !soit à peu près un an !

  6. emilieberd dit :

    Je ne connaissais pas ce poeme non plus. Il est magnifique. C’est une belle déclaration pour la Saint Valentin.
    J’aime bien tes remarques, elles aident à la lecture.

  7. modrone dit :

    Je ne connaissais pas ce poème magnifique dans sa modestie voulue.Merci.

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