Le château de Chazelet. Alphonse Esquiros

Participation au Jeudi poésie de Dame Asphodèle !

carnet SoN mp Ada(1)

Dur, dur de s’en tenir à l’abécédaire, je vous le dis, si vous ne voulez pas être bousculés, prenez un nom commençant par la lettre E, et vous n’aurez guère de voisin dans le Dictionnaire des poètes. J’avais bien Eluard, le beau, le grand, l’immanquable, mais j’avais déjà publié « liberté » pour les « événements » je ne voulais pas non plus être injuste avec d’autres moins célèbres mais tout aussi méritants. Il y aurait bien eu Fabre d’Eglantine, mais franchement où le classer à F ou à E ? Dans le doute, j’ai continué mes recherches car hors de question, pour une fois que je ne laisse pas passer la date, de faire un à peu près bâclé.

Alphonse Esquiros ? (1818-1876)

alphonse Esquiros

Honnêtement, je n’en avais jamais entendu parler ? Quelques habitants de la Ciotat lui rendent hommage sans doute puisqu’il y a une place Esquiros à la Ciotat (même que la ville le rebaptise Adolphe !) . Ainsi que quelques rue Esquiros, à Marseille et dans les Bouches du Rhône.

Et pourtant, quel homme tout en courage et en liberté, n’ayant aucune peur des engagements envers et contre tous. Honoré par Victor Hugo, ce qui  vous l’aurez noté est pour moi un hommage majeur. Je ne vais pas vous faire un cours sur ce poète, homme politique engagé, libre penseur et montagnard, wiki est bien fait pour ça. Mais franchement je pense que l’on manque d’hommes de cette trempe comme lui aujourd’hui à Marseille ou ailleurs !

Et puis sa poésie, sans doute désuète, mais, un telle fluidité dans les mots, dans l’image, si  proche de moi dans le ressenti. Je vous l’ai dit avant cette recherche je n’en avais jamais entendu parler, mais je le retiendrai, j’espère vous aussi. Difficile de trouver ses oeuvres sur le net, il m’a fallu copier cet extrait de son livre « Les hirondelles  » sur Gallica, mais cela en valait la peine, enfin…le plaisir !




Le château de Chazelet (extrait )

…..

Le passant qui, de loin, voit ta face ternie

Entre les bois touffus et les peupliers verts

Croit que dans tes donjons, la vieille tyrannie

Voudrait encore renaître; ou qu’un mauvais génie

Habite sous tes murs déserts.

Passant, monte avec moi ces marches sans lumière,

Et regarde là-bas ces champs encor fleuris :

Ne vois-tu pas blanchir l’enclos du cimetière ;

Contemple ce gazon, cette tombe sans pierre ;

-C’est ici que repose un fils !

O  ma  muse, toujours à la douleur fidelle,

Priant, échevelée auprès des vieux tombeaux

Ici, voile ton front des plumes de ton aile ;

Renferme dans ton coeur une plainte éternelle

De peur d’éveiller des sanglots !

Adieu, château que j’aime, aux tourelles gothiques

Qui m’accordas les droits de l’hospitalité,

Comme jadis Ferrare, en des temps héroïques

Du Tasse encore errant reçut la pauvreté :

Adieu, charmant pays, où, quand le jour s’éveille,

Je venais sous les bois chanter avec l’oiseau

Où la muse tout bas, parlait à mon oreille

Et sa main dans la mienne entrait sous un berceau.

Adieu, champs moissonés, adieu verte prairie

Adieu, temple rustique entouré de troupeaux

Où la foi s’agenouille, où l’innocence prie,

Où les morts, les vivants vont chercher le repos

Adieu, coursier fougueux, Adieu Blanche cavale

Adieu dogues dans l’ombre accourant à ma voix

Des ondes de Blandus ! O fontaine rivale

Parc ombragé de pins, doux silences des bois;

Adieu, nids des oiseaux et vous blanches colombes,

Qui baignez votre plume aux ondes du lavoir,

Chaumières du hameau, sombre asile des tombes;

– Avant que de mourir, puissé-je vous revoir !

Puissé-je lorsque l’âge aura courbé ma tête

Venir près de ce port abriter mes vieux ans

Et, comme un nautonnier, lassé de sa tempête

Aux rameaux toujours verts, mêler mes cheveux blancs.

Vous serez loin, alors, ô mes jeunes années

L’ombre de ces vieux murs noircira mon vieux front

Et détachant du doigt, mes guirlandes fanées,

Je serai près d’aller où les autres iront.

Lors, je vous relirai, vers, avec complaisance,

J’irai, dans ces beaux lieux, chercher un souvenir,

Je dirai : c’est bien là que s’assit mon enfance

Et dans le temps passé je croirai rajeunir.

Terre qui me reçut écoute ma prière

Quand j’irai, de tes champs admirer la beauté

Ne me refuse pas au bout de la carrière

Une longue hospitalité.

Mai 1833




Merci Asphodèle de ces recherches qui nous font connaître tant de choses !

Publicités

5 réflexions sur “Le château de Chazelet. Alphonse Esquiros

  1. Je le lisais et je me disais que ce poème avait des accents romantiques non seulement par le thème et la forme mais aussi par la sensibilité puis je vois la date 1833! En plein dedans! Plus qu’à Hugo, c’est à Lamartine qu’il me fait penser!

  2. Valentyne dit :

    Je ne connaissais pas non plus
    🙂
    « Adieu, coursier fougueux, Adieu Blanche cavale »

    Me parle (lol)

  3. modrone dit :

    Un beau texte d’un auteur strictement inconnu pour moi. Quelques très belles expressions, « un nautonnier,lassé de sa tempête » et « détachant,du doigt,mes guirlandes fanées ». Merci.

  4. Asphodèle dit :

    Effectivement c’est une belle découverte ! Je ne connaissais pas non plus, même pas de nom ! Le retour au pays natal pour y mourir, la nostalgie de ce qui fut, de ce qui sera… C’est beau ! Tu ne m’avais pas laissé le nom de ce poète , je vais l’ajouter ! 😀

Les commentaires ne sont pas dangereux pour la santé, vous pouvez consommer sans modération !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s