Far-niente -Théophile Gauthier

Mal connu cet aspect de Théophile Gautier aux champs me convient tout à fait par ces temps de canicule. Je vous le livre en participation au jeudi poésie d’Asphodèle

chromo oiseau couronné ana-rosa(1)

Far-niente

Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.
Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pend au brin d’herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.Théophile Gautier, Premières Poésies

P1040612

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13 réflexions sur “Far-niente -Théophile Gauthier

  1. soene dit :

    Dommage que les fourmis, elles, ne s’arrêtent jamais et ne se laissent pas dévier de leur trajectoire, en escaladant tout ce qui se trouve sur leur chemin (même le pique-nique !) 😉
    J’aime aussi ne rien faire et « m’écouter vivre », mais pas que ! Dans la nature, ça grouille de petites bêtes, il suffit juste de prendre le temps de les observer.
    Monesille, c’est un choix judicieux pour ces temps chauds. Merci de nous avoir rappelé ce poème.
    Bon we et bises de Lyon

  2. chinougl dit :

    Savoir ne rien faire….tout un art qui est parfois culpabilisant. Etre en communion avec la nature…….tout un art enrichissant et reposant. Bon week end

  3. Laissons gazouiller !!!

  4. monesille dit :

    Oui, c’est vraiment ce qui m’a amené à le publié, le rafraîchissement est immédiat.
    Bises

  5. Asphodèle dit :

    On retrouve la fraîcheur des premiers poèmes comme chez Rimbaud avec Sensation (« Je m’en allais les poings dans mes poches crevées »). Il faut un temps caniculaire pour se laisser aller à cette observation du monde, nonchalante et précise !!! Cela dit, as-tu déjà essayé de t’allonger sur un lit « de mousse et de fougères » (sans rien d’autre hein :lol:), bon courage !!! Un Gautier qui laisse entrevoir ce qu’il écrira plus tard. Merci Monésille d’avoir participé ! 😉

  6. […] Charles Cros, Le Collier de griffes, 1908 Autres poèmes choisis : Asphodèle et L'infini de Giacomo Leopardi Impossible de mettre les liens… je ne comprends pas… je nage en pleine confusion LylouAnne et ses pivoines Modrone-Eeguab et Verlaine Valentyne et Pierre Reverdy Jacou et un poème … […]

  7. modrone dit :

    Très agréable et qui valorise presque la limace qui reste cependant baveuse bien qu’argentée. 😀

  8. cathy1461 dit :

    Très joli poème bucolique que je ne connaissais pas ! Je le trouve rafraîchissant en temps de canicule !
    Belle journée, bisous !
    Cathy

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