Le nénuphar blanc-Stéphane Mallarmé

Participation au jeudi en poésie de Dame  Asphodèle.

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Puisque d’aucuns ont beaucoup parlé ce mois-ci, force crapauds et citrouilles :-), il me semblait nécessaire de leur fournir un hébergement fut-il provisoire et flottant. Et en tous les cas rafraîchissant ! Ce poème de Stéphane Mallarmé paraissait tout à fait approprié.

Emilie et Soene m’ont fait parvenir leur lien, que j’ai ajoutés , si d’autres veulent participer, envoyez-moi les liens aussi, je les ajouterai en suivant.


 

Le nénuphar blanc

été 2 046

monesille

J’avais beaucoup ramé, d’un grand geste net et assoupi, les yeux au dedans fixés sur l’entier oubli d’aller, comme le rire de l’heure coulait alentour. Tant d’immobilité paressait que frôlé d’un bruit inerte où fila jusqu’à moitié la yole, je ne vérifiai l’arrêt qu’à l’étincellement stable d’initiales sur les avirons mis à nu, ce qui me rappela à mon identité mondaine.

Qu’arrivait-il, où étais-je ?

Il fallut, pour voir clair en l’aventure, me remémorer mon départ tôt, ce juillet de flamme, sur l’intervalle vif entre ses végétations dormantes d’un toujours étroit et distrait ruisseau, en quête des floraisons d’eau et avec un dessein de reconnaître l’emplacement occupé par la propriété de l’amie d’une amie, à qui je devais improviser un bonjour. Sans que le ruban d’aucune herbe me retînt devant un paysage plus que l’autre chassé avec son reflet en l’onde par le même impartial coup de rame, je venais échouer dans quelque touffe de roseaux, terme mystérieux de ma course, au milieu de la rivière : où tout de suite élargie en fluvial bosquet, elle étale un nonchaloir d’étang plissé de hésitations à partir qu’a une source.

été 2 048

monesille

L’inspection détaillée m’apprit que cet obstacle de verdure en pointe sur le courant, masquait l’arche unique d’un pont prolongé, à terre, d’ici et de là, par une haie clôturant des pelouses. Je me rendis compte. Simplement le parc de Madame.., l’inconnue à saluer.

Un joli voisinage, pendant la saison, la nature d’une personne qui s’est choisi retraite aussi humidement impénétrable ne pouvant être que conforme à mon goût. Sûr, elle avait fait de ce cristal son miroir intérieur à l’abri de l’indiscrétion éclatante des après-midis ; elle y venait et la buée d’argent glaçant des saules ne fut bientôt que la limpidité de son regard habitué à chaque feuille.

été 2 107

monesille

Toute je l’évoquais lustrale.

Courbé dans la sportive attitude où me maintenait de la curiosité, comme sous le silence spacieux de ce que s’annonçait l’étrangère, je souris au commencement d’esclavage dégagé par une possibilité féminine : que ne signifiaient pas mal les courroies attachant le soulier du rameur au bois de l’embarcation, comme on ne fait qu’un avec l’instrument de ses sortilèges.

« – Aussi bien une quelconque.. » allais-je terminer.

Quand un imperceptible bruit me fit douter si l’habitante du bord hantait mon loisir, ou inespérément le bassin.
Le pas cessa, pourquoi ?

Subtil secret des pieds qui vont, viennent, conduisent l’esprit où le veut la chère ombre enfouie en de la batiste et les dentelles d’une jupe affluant sur le sol comme pour circonvenir du talon à l’orteil, dans une flottaison, cette initiative par quoi la marche s’ouvre, tout au bas et les plis rejetés en traîne, une échappée, de sa double flèche savante.

monesille

monesille

Connaît-elle un motif à sa station, elle-même la promeneuse : et n’est-ce, moi, tendre trop haut la tête, pour ces joncs à ne dépasser et toute la mentale somnolence où se voile ma lucidité, que d’interroger jusque-là le mystère.

« – À quel type s’ajustent vos traits, je sens leur précision, Madame, interrompre chose installée ici par le bruissement d’une venue, oui ! ce charme instinctif d’en dessous que ne défend pas contre l’explorateur la plus authentiquement nouée, avec une boucle en diamant, des ceintures. Si vague concept se suffit : et ne transgresse point le délice empreint de généralité qui permet et ordonne d’exclure tous visages, au point que la révélation d’un (n’allez point le pencher, avéré, sur le furtif seuil où je règne) chasserait mon trouble, avec lequel il n’a que faire. »

monesille

monesille

Ma présentation, en cette tenue de maraudeur aquatique, je la peux tenter, avec l’excuse du hasard.

Séparés, on est ensemble : je m’immisce à de sa confuse intimité, dans ce suspens sur l’eau où mon songe attarde l’indécise, mieux que visite, suivie d’autres, ne l’autorisera. Que de discours oiseux en comparaison de celui que je tins pour n’être pas entendu, faudra-t-il, avant de retrouver aussi intuitif accord que maintenant, l’ouïe au ras de l’acajou vers le sable entier qui s’est tu !

La pause se mesure au temps de ma détermination.

Conseille, ô mon rêve, que faire ?

monesille

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Résumer d’un regard la vierge absence éparse en cette solitude et, comme on cueille, en mémoire d’un site, l’un de ces magiques nénuphars clos qui y surgissent tout à coup, enveloppant de leur creuse blancheur un rien, fait de songes intacts, du bonheur qui n’aura pas lieu et de mon souffle ici retenu dans la peur d’une apparition, partir avec tacitement, en déramant peu à peu sans du heurt briser l’illusion ni que le clapotis de la bulle visible d’écume enroulée à ma fuite ne jette aux pieds survenus de personne la ressemblance transparente du rapt de mon idéale fleur.

Si, attirée par un sentiment d’insolite, elle a paru, la Méditative ou la Hautaine, la Farouche, la Gaie, tant pis pour cette indicible mine que j’ignore à jamais ! car j’accomplis selon les règles la manœuvre : me dégageai, virai et je contournais déjà une ondulation du ruisseau, emportant comme un noble œuf de cygne, tel que n’en jaillira le vol, mon imaginaire trophée, qui ne se gonfle d’autre chose sinon de la vacance exquise de soi qu’aime, l’été, à poursuivre, dans les allées de son parc, toute dame, arrêtée parfois et longtemps, comme au bord d’une source à franchir ou de quelque pièce d’eau.

monesille

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Ce poème de Mallarmé, n’inclut pas au départ de photos, bien entendu. Celles qui l’illustrent ont été réalisées lors d’une promenade à l’extraordinaire bambouseraie de Prafrance. J’espère qu’elles ne dépareront pas ce poème, d’une étrange et féerique beauté.

Emilie participe aussi avec un sonnet que vous pouvez aller lire à cette adresse :

http://lespetitscahiersdemilie.com/2015/08/06/sonnet

Soene avec un chat superbe :

http://soene.canalblog.com/archives/2015/08/06/32435123.html#c66741897


 

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16 réflexions sur “Le nénuphar blanc-Stéphane Mallarmé

  1. J’ai relu deux fois ce texte, mais je le trouve trop compliqué pour ma petite tête! Ou alors, il ne faut pas chercher à tout comprendre, mais seulement ressentir…
    Bisous
    Odile

    • monesille dit :

      Oui, ressentir, c’est un jeu tu sais, il s’agit de parodier les contes de fées; je sais que ce sont de longs textes pour les écrans, si tu veux les lires à tête reposée tu as peut-être intérêt à les imprimer.
      Bises en tout cas et merci de ta visite fleurie !

  2. soene dit :

    J’adore les nénuphars grosse-tarte, Monesille, je rêve que cela pourrait être une tarte à la praline 😉
    J’ai lu en diagonale la prose de Mallarmé mais j’ai bien aimé tes photos !
    Merci de prendre le relais le temps que Miss Aspho se refasse une santé.
    Bonne semaine et gros bisous
    Je vais chercher mon lien pour jeudi prochain et je reviens !

  3. Subtil Mallarmé, toujours parmi mes poètes favoris.

  4. cathy1461 dit :

    Très joli texte, et si bien accompagné par tes belles photos !
    Bel après-midi, bisous !
    Cathy

  5. emilieberd dit :

    Oh! Et j’ai oublié (malheureux oubli car elles valent le détour!)
    Photos magnifiques!
    Re-bises 😀

    • monesille dit :

      Merci……la bambouseraie, qui a bien failli brûler le lendemain du jour où j’ai écrit cela, vaut vraiment le détour, même si on ne voit pas beaucoup de bambous sur mes photos !
      Bises

  6. emilieberd dit :

    Whaouh! Quel beau jeu de cache-cache!
    J’ai souris moi aussi lorsque j’ai lu cette phrase « je souris au commencement d’esclavage dégagé par une possibilité féminine ».
    Bises

  7. Mind The Gap dit :

    J’avoue que j’ai zappé le texte, mais j’ai pris du plaisir à regarder tes photos, surtout la deuxième… bises

    • monesille dit :

      Et pourtant il vaut la peine qu’on s’y attarde, il est absolument féérique. Merci, Voui, la photo j’en suis assez contente, même si ce n’est pas un nénuphar mais un lotus.
      Bises

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