J’ai essayé de contaminer Chéri-chéri !

J’ai essayé de contaminer chéri-chéri avec Daphné du Maurier, et je lui ai conseillé l’auberge de la Jamaïque. Je vous livre tout frais pondu le fruit de ses réflexions et ne prendrai donc pas les vôtres pour moi (!!) Je n’avouerai pas avoir  lu ce livre au moins trois fois depuis ma jeunesse et je vais lui prescrire du paracétamol car apparemment la contamination passe  mieux avec les virus de l’influenza !



« C’est le premier livre de Daphné du Maurier que je lis; non pas que je ne sois grand lecteur, mais , allez savoir pourquoi, dans les catégories que forment les cases de nos mémoires, pour moi, cette auteure était rangée dans le registre « écrit des romans pour les femmes ».

Sans entrer dans le détail d’une polémique sempiternelle sur l’existence ou non de romans destinés aux femmes, c’est dire, en creux, qu’il existerait aussi des romans destinés aux hommes – ce que d’ailleurs je crois vrai, en pensant à des livres comme OSS117 ou encore à la série des Bérurier – ainsi ne fermant pas la polémique mais acceptant d’emblée de reconnaître que les traits dont on se plaît à simplifier chacun des sexes, peuvent être exploités en littérature aussi, et ce jusqu’à la caricature.

(là quand même je vais mettre mon grain de sel en disant que je lisais San Antonio à 6 ou 7 ans et que j’ai dévoré tout OSS-117 ce dont il n’a pas l’air de se plaindre !)

Donc, cela dit, j’ai continué , après ma lecture, de classer Daphné du Maurier dans la catégorie des  écrivaines pour femme … et pourtant j’ai lu avec intérêt et curiosité le déroulement des aventures de son héroïne.

 Intérêt : roman d’aventure picaresque certainement, échevelé et sans doute trop parfois, révélant les souffrances psychologiques d’une « oie » mâtinée d’un rien de Melmoth. Car les landes décrites et les cadavres à foison, d’emblée nous conduisent dans un monde irréel que d’aucun disent gothique mais qui fleurent  » bon ?  » un romantisme auquel tout lecteur occidental ne peut que succomber, tant sont nombreuses les références littéraires qui nous sous-tendent . Aussi , face à une nature inhumaine aux traits forcés, caricaturés littérairement, comme de peu de véracité nous apparaissent les tremblements émotifs de la demoiselle. Il ne faut pas croire que cette dernière phrase serait une critique négative du livre : au contraire , elle a pour but de situer ce livre dans le schéma attendu  ( désiré ), par le lecteur en quête d’un monde en dehors de celui que le quotidien étriqué propose, d’un monde d’aventures où les actions sont fortes, la nature puissante et les caractères trempés. Avec plus de souffle bien sûr, plus d’exigence littéraire aussi et plus d’analyse du sombre forcé de l’humanité, c’est en fait un livre comparable, mais écrit pour des adultes, aux séries de nos enfances du Club des Cinq aux Mystères de Enid Blyton : juste le dosage des ingrédients est modifié mais le plaisir est le même que celui que nous ressentions dans nos enfances lorsque nous haletions à la lecture de tant d’invraisemblances rêvées, écrites et ainsi devenues vraies.

Curiosité : plusieurs fois au cours de ma lecture, je me surprenais à me demander comment Daphné du Maurier pouvait écrire cela, et surtout de cette manière-là, alors même que d’autres comme Dos Passos, Proust, Joyce, Musil,…. révolutionnaient et la lecture , et la compréhension de nos mondes avec une littérature neuve d’une profondeur autre et d’une subtilité plus grande , tout cela qui rendait le texte de Daphné du Maurier très insipide et témoin d’un temps revenu à celui où l’héroïsme était de bon aloi, et où l’analyse psychologique métriquement déroulée permettait de feindre la compréhension de l’humain et de son monde. Pourtant, à la lecture de la biographie de l’auteure, on y croise Henri James, auteur à qui l’on ne saurait attribuer des analyses psychologiques primaires.

A cela voici ma réponse : tous les grands écrivains portent en eux un monde, leur monde, qui se déversent et imprègnent leur prose, sempiternellement déroulant leur univers , de livres en livres, reformulée mais toujours identique dans le fond, comme si l’écriture n’était qu’une obsession qui ne se peut jamais assouvir, cela étant vrai , à mon sens, quelle que soit l’auteur e) et quelle que soit l’époque.

 Mais alors avez-vous aimé le livre ? Nous le direz-vous simplement enfin ? Je vous répondrais que, lorsque fatigué par la lecture d’une littérature plus exigeante en attention , en compréhension et décryptant mieux nos mondes mais sans pouvoir les expliquer jamais, ressentant le besoin de  m’abandonner à l’illusion des sens, je reviendrai sans doute humer la senteur des landes pour y retrouver ce froid qui appelle le chaud des évocations fausses contre lesquelles il peut être agréable de se blottir, comme un feu dans un hiver rude mais qui finit toujours par s’éteindre ».



Voilà, voilà ! tout compte fait peut-être est-ce moi qui devrait prendre une aspirine ?
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6 réflexions sur “J’ai essayé de contaminer Chéri-chéri !

  1. Asphodèle dit :

    Houla Monsieur Chéri-Chéri, on sent la migraine après cette lecture…Je n’ai pas lu celui-ci, à vrai dire je l’ai abandonné au bout de 20 pages, je n’ai pas eu votre ténacité ni votre courage ! Le seul qui m’ait vraiment accroché de cette auteure est Rébecca (comme tout le monde ou presque) et une bio récente sur Dame du Maurier qui serait peut-être plus intéressante que certains de ses livres et qui, surtout nous explique comment sont nés certains livres… Les anglais disent « le making-of ». Et l’histoire de « L’auberge de la Jamaïque » est une histoire née alors qu’elle était encore très jeune, alors qu’elle chevauchait une lande avec une amie, mais pas vraiment romantique la Daphné ! Bravo pour ce billet sous influence, n’y prenez pas goût on risquerait d’en redemander !!! 😀

  2. Leodamgan dit :

    Je l’ai lu il y a très longtemps et complètement oublié.
    J’hésite à le relire… 😉

  3. Mind The Gap dit :

    J’ai hâte de lire  » ma cousine Rachel « , plus que celui-ci . Par contre, c’est moi qui ait besoin d’aspirine à la lecture de cette chronique…j’ai pas tout compris !! 😀 😀

  4. C’est comme dans tout, disait Mémé, faut se méfier des aprioris et des préjugés. C’est bien d’avoir osé en franchir les barrières. Allez, on lui donne un bon point pour l’audace et les commentaires bien torchés, tout de même.

  5. un grand verre d’eau à bulle suffira peut-être 😉 ?

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