Lettre à ceux qui croient qu’écrire est facile

Je transfère ici ce premier texte de mon ancien blog écrit en novembre 2010. Il trouve une étrange résonance après l’article de Mind the Gap : J’aurai voulu. J’ai changé un peu totalement de mode de vie depuis, mais le fond reste néanmoins.

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Lettre à ceux qui croient qu’écrire est  facile !

Vous prenez un papier, un stylo, les idées ne manquent pas, c’est relativement simple vous croyez l Que nenni ! Vous avez oublié quelques détails :

La voisine vient vous apporter des pommes quand, un dimanche de pluie, revêtue d’un pyjama troué, aux alentours de midi, vous tournez en rond autour de la table dans la salle à manger dont le ménage n’est pas fait depuis la première dynastie des pharaons, les calendes grecques étant trop récentes, le résultat étant à peu prés aussi empoussiéré.

Cette déambulation  vous emmène normalement les idées à la tête, de la tête à la plume il n’y a qu’un pas, mais vous avez compté sans la voisine qui vous apporte ces fruits de son jardin, superbes, et vous propose insidieusement (elle a quatre-vingt ans ): « Mais, si tu es fatiguée, je peux t’aider », sous-entendu -pour avoir une maison dans un tel état tu dois être au bord de la dépression nerveuse-, elle ajoute au détour d’une phrase anodine : « Pourtant tu as pu dormir ce matin -! Ce qui prouve deux choses c’est qu’elle surveille l’heure à laquelle vous ouvrez les volets d’une part, et d’autre part qu’elle n’est pas si sourde que ce qu’elle prétend au bruit infernal que fait un autre de vos voisins les jours où il ne pleut pas.

Aujourd’hui il pleut, il est exact que vous avez pu faire la grasse matinée étant donné que vous vous êtes couchée à trois heures du matin pour écrire une page qui au demeurant n’est pas bonne. Et vous pensiez pouvoir profiter tranquillement du silence grandiosement amené par ce temps que d’autres jugent abominable.

Mais de l’opinion que l’on a de vous dans un village dépend grandement votre confort de vie : entre la râleuse qui se plaint parce que ses voisins ont l’outrecuidance de faire du ciment à six heures du matin tous les dimanches sous ses fenêtres depuis dix ans, alors que travaillant toute la semaine elle n’a que ce jour pour se reposer et donc écrire, (je n’exagère rien) et la stoïque qui depuis six ans fait semblant de ne rien entendre parce que de toute façon elle est levée à cette heure improbable et que le silence lui fait peur et qu’elle n’a rien de plus précis à faire, il n’y a qu’un pas vite franchi, celui de penser que celle qui  se lève tard est une fainéante et que ça lui fait du bien d’entendre des gens travailler autour d’elle ! Et tout le monde se passe le mot.

Car tout cela se passe évidemment sous le couvert de l’anonymat, vous ne dites pas à votre entourage que vous écrivez et seuls quelques autres adeptes de la même marotte chronophage savent. J’imagine les voisins de Victor Hugo marchant sur la pointe des pieds  « Chuuuut le maître écrit : »

Vous, non ! Vous n’avez de publication que sur internet en temps qu’Onésime  Lepaludier, votre notoriété dépasse peut-être ces frontières mais n’a pas atteint le fond du département agricole où vous exercez à temps perdu (et silencieux) , la profession accessoire et non rémunérée de tentative d’auteur.

 

Il y a certains matins aussi, de pluie toujours, où vous arrivez à mettre gentiment la voisine assez vite dehors et à retrouver votre idée, toujours en tournant en rond autour de la table de la salle à manger qui est rectangulaire, bref, passons, vous vous asseyez à votre bureau pour… Et voilà qu’au détour d’une pile de papier sort une carte que vous reconnaissez instantanément, la carte de Noël de l’an dernier de votre meilleure amie, à qui vous ne savez plus si vous avez répondu, pas étonnant que vous n’ayez pas de nouvelles depuis… Noël dernier ! Bref combat entre votre conscience et votre feuille, la feuille gagne pour une fois, on n’est plus à un mois près, je lui écrirai pour Noël en lui disant « J’espère que tu as bien reçu mes vœux l’an dernier plusieurs de mes amis m’ont dit n’avoir rien reçu, je ne comprends pas »…. Parfaitement de mauvaise foi, mais à moins de vivre seul sur une île déserte le moyen de faire autrement ?

Ce second obstacle franchi, vous attrapez votre stylo pour peu que :

– Votre chien ait  appris à ouvrir le frigo seul pour se nourrir puisque personne ne s’en soucie (Si, si, il peut !  Le plus difficile c’est de lui apprendre : Non ! Pas le saumon ! Du moins, pas tout le saumon…, trop tard, vous mangerez une boite de cassoulet à midi !)

-Vos amours, si présents, si constants, si souffrants de cette déshérence  où votre esprit se réfugie quand une idée non aboutie s’impose à vos neurones surexcités, et ne voulant pas lâcher le morceau, réussit à mettre tout autre forme d’action en stand by, style bug de l’an 2000, tant que vous n’avez pas réussi à mettre cela par écrit, n’aient pas une brutale envie de vous enlacer. 

  [-votre esprit : et les oiseaux s’envolent au ciel qui caracole

– lui c’est bon comme ça ?

-vous : vouiiiii encoooooooore !

– votre esprit : non caracole ça ne colle pas ! batifole ? espagnole ? et trop molle ?

(Le lapsus n’est pas loin et la scène qui s’ensuit)]

-Les amis que vous aimeriez vous faire mais que vous n’osez pas inviter ne sachant pas s’ils apprécient la vie en communauté avec les araignées ne vous culpabilisent pas en vous demandant si vous les boudez.

-Vos enfant piaillant le bec ouvert, où ne piaillant plus si vous avez trop attendu.

-la famille, adepte du téléphone, qui vous appelle consciencieusement les jours où vous sachant solitaire (enfin essayant de le rester !),  culpabilise de s’occuper plus des bonnes œuvres que de vous (merci les bonnes œuvres !)

-Tous les livres que vous avez achetés, qui vous attendent, ces Goncourt, ces atlas, ces bras qui se tendent en sirènes palpitantes et auxquels vous devez journellement  résister, arrimés au mat que représente  votre stylo sur votre radeau de papier. Tous ces sujets que vous ignorez et dont vous voudriez tout savoir….et dont vous avez besoin pour ne pas écrire de la guimauve rance et périmée de l’an dernier.

-Et bien sûr de l’état de votre muse qui ayant passé tout l’été à danser sur des airs de fêtes espagnoles, (farandoles ?) revient vous poser tout ça en vrac sur les bras au moment où vous ne vous y  attendez pas et vous dit : regarde ma récolte, j’ai bien travaillé à toi de te débrouiller maintenant !

Maintenant, mais maintenant quand ?

Donc, vous prenez un papier, un stylo, c’est relativement simple vous voyez !!

Sauf que je n’ai pas mis mes chaussettes pour vous écrire ceci, que mon feu est éteint et que je suis complètement gelée !

 

Monesille 21.11.2O1O

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23 réflexions sur “Lettre à ceux qui croient qu’écrire est facile

  1. Que ça fait du bien, une personne qui avoue n’être pas folle dingue du ménage. Car sur les blogs de déco, tout est tellement parfait, que ça me donne le bourdon…

  2. Leodamgan dit :

    c’est très drôlement décrit. J’ai même l’impression d’y être même si moi je n’écris pas…

  3. Mind The Gap dit :

    Ha mais dis-moi il est très drôle et tellement vrai. Plutôt bien si c’était ta première chronique ! Tu vois, tu continues d’écrire sur un blog, c’est déjà ça non ?? Les voisins, mais qui a inventé ce concept, faudrait le pendre 😀 😀 Bisous, c’était sympa de lite ton premier article de blog !

  4. Rx Bodo dit :

    Alors comme ça, ça dure depuis 2010, cette procrasténite… mmm, pour y remédier, je ne vois qu’une chose: un bon agenda ironique.

  5. emilieberd dit :

    Hi Hi Hi! Bon, du coup, tout cela est normal! Tant mieux! Parce que souvent j’ai l’impression de me battre contre des moulins à vent!!! Là, je fais une pause (vacances scolaires obligent et comme un fait exprès pas d’idée!). J’ai briefé mes enfants lorsque j’écris (enfin que j’essaie de…) en leur présence (ce qui arrive peu finalement), on ne me dérange pas sinon je croque! J’ai réduit le sport, parce que cela me bouffait trop de temps…En fait, c’est plutot décourageant tout ca, mais cela me rend tellement malheureuse de ne pas écrire. J’écris, suis pas contente, j’écris pas, je ne suis pas contente…Hé! Remarque, j’ai une ligne constante😄😄😄
    Bisous Monesille

    • monesille dit :

      Choisir entre la vie et l’écriture est un choix difficile ! La société actuelle ne laisse guère de place à l’intellect et ne laisse pas beaucoup de chance à ceux (celles!) qui sortent un peu du moule métro, boulot, déco !
      Bisous

  6. sous les galets dit :

    moi je n’écris pas mais je compatis à tout : la maison en désordre, les voisins pénibles, la recherche de solitude…il ne me manque que le chien. j’aime beaucoup ton texte.

    • monesille dit :

      Mais si tu écris, sur ton blog ! et je peux même te dire que tu as une drôle de plume pour raconter tout ce que tu dis avec autant d’humour ! Ceci, dit moi je n’ai plus les galets ! (non, je n’ai pas écrit boulets :D)

  7. Très juste et raconté avec un grand sourire ; je me rappelle d’une semaine d’où j’avais à l’avance exclu toute sollicitation extérieure : amis congédiés, parents rassurés (oui-je-mange-je-dors/non-je ne-suis-pas-malade), administrations réglées, téléphone coupé (c’était avant internet, ouf…), ménage fait, frigo plein: plus qu’à écrire, écrire, écrire tous ces textes dont je rêvais et que les contingences triviales sabordaient quotidiennement. Et donc, au jour dit, me suis enfermé dans ma Tour d’ivoire-studio-kitchenette où j’ai passé une horrible et improductive semaine d’ennui ; maintenant que c’était possible, voire obligatoire, écrire ne m’intéressait vraiment plus du tout !
    moralité (toute personnelle) : le temps d’écriture, il faut le voler pour qu’il soit jouissif.

    • emilieberd dit :

      Oh! Ça me rassure.😀

    • monesille dit :

      J’aurais bizarrement pensé que cette galère était exclusivement féminine ! Bête que je suis ! Je pense que tu as parfaitement raison sur la notion de temps volé, seulement pour vraiment mené quelque chose de construit à terme, le temps volé ne suffit pas. (et une semaine est juste assez suffisant pour récupérer des aléas de la vie courante).

      • ça doit être ma part féminine qui procrastine 🙂
        Sinon, je pense qu’il faut quand même voler pas mal de temps pour avoir le temps de construire un peu, de relire, de modifier, de rêvasser, bref, de se raconter des histoires…

  8. Valentyne dit :

    Très vrai et très bien raconté 🙂
    Et plein d’humour 🙂
    Bisesss Monesille 🙂

  9. Asphodèle dit :

    Ha que je me reconnais bien là comme dirait Johny ! C’est tout à fait ça chez moi depuis septembre mais pas que le dimanche ! Tous les jours ! Hop je commence un texte, déjà élaboré dans ma tête et paf le téléphone, la voisine qui vient boire le café, la porteuse de pain qui boit son chocolat, les aides-ménagères et je passe sur les obligations de la routine devenues exigeantes ! 😥 Je rêve de calme, de silence, de tranquillité et d’une infinitude blanche de temps « à moi » pour noircir d’encre ce blanc fascinant qui attend mes mots qui se bousculent au moment M et s’enfuient après le coup de fil, la visite, etcaetera… Non on n’aspire pas à la notoriété (quoique si ci venait pourquoi pas ?), juste ces plages désertées par les intrus pour nous adonner à notre raison d’être ! Bises ma Dame Camomille qui a dit tou bien ce que je pense… 😉

    • monesille dit :

      Ben déjà si le texte est élaboré dans ta tête c’est déjà pas mal ! J’ai parfois à peine le temps de noter une idée directrice. Après quand je relis, je me demande ce que j’ai bien pu vouloir dire 😀
      Et puis internet halala, internet ! mais au moins on partage 😀
      Bises Ma Dame Aspho d’elle !

      • Asphodèle dit :

        Oui enfin « élaboré » ça dépend des fois ! 😆 Mais en principe, je le commence toujours plus ou moins dans ma tête…Internet est un mangeur de concentration et d’attention, il faut s’en décrocher pour lire et écrire… Garder une petite heure dans la journée pour venir papoter (voire plus certains jours) mais se fixer des limites ! Voui ! (jamais je n’aurais cru dire ça un jour) ! 😆 (je dois vraiment vieillir) ! Heureusement qu’il y a partage, sinon ce serait la fin des haricots !
        Bises ma Dame-du-Nil-à-la-Camomille !

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