Agenda ironique de Juin-Beatae memoriae

L’agenda ironique persiste et signe, il est et restera ironique et baladeur. Si le mois dernier un pont suspendu a monopolisé la tension des haubans de nos neurones, ce mois-ci ADLLN a tapé fort sur nos citrouilles de sa baguette magique pour en faire sortir des textes aussi tarabiscotés que ses collages.  Abracadabra a-t-elle dit et après moult circonvolutions, j’avoue que la gestation fut difficile. Mais …comme elle le dit elle-même : on l’a voulu, on l’a eu, et on en est bien contents !

Beatæ memoriæ*

 

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C’est à…faubourg de…dans les jardins de…

Tu permettras lecteur intrigué que je ne t’en dise pas plus, car une partie de ce récit est autobiographique. (l’autre non)

Il fallait, il ne fallait pas, et toute la famille se le tenant pour dit se tenait à carreau. La maison aurait pu être bâtie sur un nœud tellurique, l’ambiance n’en aurait pas été plus explosive pour autant . Il avait bien été tenté de pallier cette atmosphère en affublant chacun de nous d’un révocable de fleur mais la volonté cannibale de chacun faisait se dégager du  bouquet un étrange mélange volatil et térébrant qui n’aurait pas tenu sur une étagère* et  perdurait même sur les photos où mère, le foulard sur la tête, posait entourée de  tous y compris des inévitables fantômes de chaque réunion de famille satisfaisante.

Le prénom de notre aînée, Rose*,  le plus classique d’entre tous témoignait anecdotiquement  d’une tentative de concilier l’inconciliable, c’est-à-dire se fondre dans le troupeau sans le suivre ni le mener. Précisons qu’au départ le nom prévu était Ronce mais l’officier d’état civil apitoyé avait refusé d’inscrire l’enfant sous ce vocable à particularité désobligeante. Même si Rose avait des épines ! Ses cheveux hérissés, lissés sous un foulard d’imitation, témoignait de son ardeur à se rebeller contre toute forme d’autorité fut-elle légitime. Toujours un pied en l’air,  sautillante et gourmande jusqu’à l’extrême, elle se heurta aux barbelés érigés aux limites du jardin public, préférant apparemment drageonner dans l’herbe toujours bien jaune du voisin plutôt que dans notre salon carré et verdoyant, elle fut pour nous tous l’exemple à ne pas suivre, celui de la liberté. Il  ne  restait plus aux autres qu’à fourbir leurs propres armes contre le mimétisme évolutionniste.

Dans la foulée, Spathiphyllum fit sensation en n’en faisant pas. Docile et bien lunée, lunaire pourrait-on dire, née coiffée, sans lutte autres qu’intestines, elle ne faillit pas mourir pour ne pas se faire remarquer. .. Se plaisant dans l’ombre humide et opaque des sous verre, aucun vent ne venant froisser ses inflorescences crémeuses et inodores, seuls certains d’entre nous pour s’y être risqué savaient le pouvoir acide et vénéneux de certains de ses fruits à l’apparence inoffensive et nourrissante.

Euphorbe aurait pu naître le dernier de la triade vainqueuse. Niquedouille suintante, proliférant sur la masse d’instruction contradictoire en décomposition que lui léguait ses aînés, il la refusa en bloc, disciple de soi-même au dernier degré. Boule de billard de buis lancée à pleine vitesse dans des jeux déjà engagés, il fut le praliné ajouté à la noisette, le métronome ne sachant pas trouver la mesure,  il attirait comme un aimant les papillons qui venaient se poser à son encolure lui donnant un air de gentilhomme qu’il n’était pas.

Voilà ! La scène était en place. Les nuages se congestionnaient, étaient-ce des cumulus enclins à bourgeonner, des altocumulus trop hauts pour menacer quiconque, des stratocumulus  s’amoncelant en couches de réservoir d’orages inopinés, qui copiait quoi, qui déniait qui ? Les fantômes déjà frappant sur les étages supérieurs agiraient sur les évolutions postérieures (et parfois endolories !). Il Restait tout de même une réserve de dénomination végétative importante qui attendait frémissante d’être exhumée avant que de saturer l’ambiance ! Par la suite nous faisions des simulacres de conférences sur ce qui aurait pu arriver si ! des U-nonymies appelions nous ça !

Le temps passa comme il passe d’habitude et s’évapora. Les photos sont cependant de formidables  réservoirs d’odeurs. Un nénufar phagocyta  un certain temps certains d’entre nous  mais mis à mal par la reconnaissance de Boris Vian, disparut sans laisser d’autre trace qu’une certitude absolue que la triangulation était la résistance incarnée à toute forme de malveillance fut-elle bacillaire.

Puis Sensitive fit son apparition, fragile, se repliant au moindre contact, monopolisant les soins attentifs; le jardin devenait bien petit pour ne pas devenir une serre de remugles, une transplantation fut prévue. On pourrait jouer enfin aux quatre coins. Tous les plans étaient faits. Sauf que ! En route une cinquième roue de charrette fit devenir l’espace rentable. La quadrature du cercle découvrit l’art du quinconce.  Nommée Glaïeul en hommage aux ancêtres disparus, Glaïeul bénéficia de tuteurs nombreux et impatients de former son indépendance qu’elle ne réclamait absolument pas. Il est d’étrange soir où les fleurs ont une âme* elle effondra gracieusement sa corolle dans la gadoue lors de la disparition des dits tuteurs absorbés par la création de leurs bouquets propres. L’odeur de la glèbe tenace remplaça longtemps celle des géométries variables et longtemps Glaïeul eut la gerbe. Mais peu à peu les carreaux prirent une couleur plus riche, était-ce donc l’effet du soleil couchant sur les grèves * ?



  • Beatae mémoriae : Aux souvenirs heureux.
  • « Et d’étrange fleurs sur des étagères » dans la mort des amants de Charles Baudelaire
  • « Il est d’étranges soirs où les fleurs ont une âme » dans il est d’étranges soir d’Albert Samain
  • Soleils couchant de Paul Verlaine
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15 réflexions sur “Agenda ironique de Juin-Beatae memoriae

  1. Mind The Gap dit :

    Je n’ai pas tout compris mais j’ai aimé certains passages…comme le praliné sur la noisette. Pas facile de faire parler ce collage…bravo !

  2. emilieberd dit :

    Superbe! Drôle et poétique! Bravo!
    Bises

  3. Valentyne dit :

    Que de noms bien trouvés
    j’adore Glaïeul 🙂

    Et ce paragraphe est tout simplement magnifique :  » Les photos sont cependant de formidables réservoirs d’odeurs. Un nénufar phagocyta un certain temps certains d’entre nous mais mis à mal par la reconnaissance de Boris Vian, disparut sans laisser d’autre trace qu’une certitude absolue que la triangulation était la résistance incarnée à toute forme de malveillance fut-elle bacillaire »
    Dans le poumon le nénufar ?

    Bisesss

  4. Leodamgan dit :

    Quel jardin extraordinaire! de quoi rendre aphone un fou chantant cité au hasard.

  5. jobougon dit :

    C’est une très belle composition florale dans les jardins de l’aïeule. Le triangle variable de la feuille de nénufar éclaire prodigieusement le lecteur malgré un soleil couchant pénombreux, les pétales cannibales restent infiniment admiratifs devant tant de belles couleurs. Je suppose que le quinconce vient de chez interflora. Ils ont des compositeurs de grand talent. Bâtir sur un nœud tellurique est sacrément osé.
    C’est évidemment très fort, très très fort !
    Je suis à la relecture encore plus admirative.

  6. laurence délis dit :

    Un bouquet de parfums s’échappe discrètement du récit 🙂

  7. […] Monesille… Que nous présente-t-elle en ce lieu étrange et pénétrant avec cette famille aux noms de […]

  8. On a bien fait d’attendre, mille tonnerres de Brest : j’en ai le souffle ratiboisé ! Cette famille (et ses fantômes) rejoignent l’agenda de la plus digne des manières : par son langage qu' »en termes élégants ces choses-là sont dites » et par sa langue délicatement acérée et pointue aux métaphores odorantes et persistantes, aux tournures élégantes et d’une noblesse à faire pâlir un marquis ! J’en retiens une par exemple : « Niquedouille suintante, proliférant sur la masse d’instruction contradictoire en décomposition » , magnifique.

    • monesille dit :

      J’ai pris un grand plaisir à laisser ainsi vagabonder ma plume sur tes collages qui, il est vrai, sont très porteur d’imaginaires (et autres:). Et je me fais glousser moi-même à certains traits qui ne parleront à personne d’autre qu’à moi mais qui me réjouissent infiniment. Niquedouille est le mot que j’ai eu le plus de mal à placer, je le trouvais un peu trop en vue, je suis ravie qu’il te plaise ainsi mis évidence.
      Bises

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